Ce texte a été publié dans le bulletin l'Outaouais généalogique, volume XLVI, numéro 2, printemps 2024 de la Société de généalogie de l'Outaouais. Ce texte dévoile le secret que Cyrille Monette a conservé tout au long de sa vie.
Depuis 2006, je publie des ascendances patrilinéaires et matrilinéaires de personnes connues ou méconnues de l'Outaouais1. En 2018, je décide d'établir l'ascendance patrilinéaire et matrilinéaire de Cyrille Monette, qui est le premier maître de poste de Saint-Joseph d'Aumond et le deuxième maire de la municipalité d'Aumond, située en Haute-Gatineau. Après de nombreuses recherches, j'échoue à localiser le mariage de Cyrille Monette avec Odile Boin dite Dufresne. En recherchant le baptême de leurs enfants, je trouve le nom des parents d'Odile. Cette découverte m'entraîne vers une autre découverte des plus surprenante. Odile Boin dite Dufresne, fille de Jean-Baptiste Boin dit Dufresne et de Marie-Arsène Tétreau, épouse en secondes noces Alexandre Boisvert, fils d'Ambroise Boisvert et de Catherine Bricault dite Lamarche, en septembre 1863 à Saint-Théodore d'Acton. Ce mariage explique la raison pour laquelle je ne trouve pas le baptême des trois premiers enfants Monette, Sarah, Albina et Exilla. Étrangement, je ne trouve pas non plus le baptême de ces trois filles sous le nom de famille Boisvert.
En poursuivant mes recherches, je découvre des généalogistes qui allèguent qu'Alexandre Boisvert et Cyrille Monette sont la même personne. Voici un résumé des informations qui sont disponibles sur le web concernant Alexandre Boisvert alias Cyrille Monette et qui proviennent en grande partie de certains descendants de Cyrille Monette.
On raconte qu'Alexandre Boisvert entre au Petit Séminaire du collège de Montréal à l'âge de 18 ans pour devenir prêtre, mais on ne sait pas à quel moment il quitte le Petit Séminaire. C'est à cet endroit qu'il rencontre Louis Riel et qu'ils deviennent de très bons amis. Alexandre épouse Odile Boin dite Dufresne en 1863 et ensuite s'installe à Hull. Les deux premiers enfants du couple y sont nés et y ont été baptisés. On mentionne que les actes sont introuvables parce que les registres de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce de Hull ont brûlé.
On présente une photo prise à Hull, peut-être volontairement tronquée, d'Alexandre Boisvert à l'âge de 25 ans et certains mentionnent que le photographe est Napoléon Bélanger. Alexandre rejoint Louis Riel au Manitoba et participe aux événements de 1868-1869 à la rivière Rouge. On émet l'hypothèse que certains alliés de Louis Riel prennent un nouveau nom puisque le gouvernement de l'Ontario offre une récompense de 5 000 $ pour les capturer. C'est également pour cette raison qu'Alexandre Boisvert s'installe dans la Haute-Gatineau.
Une personne en rajoute en indiquant qu'elle a trouvé une photo d'Alexandre Boisvert assis aux côtés de Louis Riel lors du procès et qu'Alexandre est son conseiller. Étrangement, elle ne publie pas la photo pour prouver ses dires. Une autre indique que Cyrille Monette contribue à l'arpentage des cantons locaux et à la construction de routes dans le canton de Martland. Cyrille nomme une rivière du nom de Wolseley en hommage au colonel Garnet Joseph Wolseley, qu'il apprécie.
Cette histoire semble extraordinaire, mais je trouve qu'elle est cousue de fil blanc.
Voici quelques erreurs et anachronismes que j'ai notés dans cette histoire sur Cyrille Monette.
Lorsqu'ils font référence à ce soulèvement, certains parlent des années 1868-1869, alors que la rébellion de la rivière Rouge a eu lieu en 1869-1870
Thomas Scott, un Irlandais, ardent orangiste, méprise les Métis. Ceux-ci l'emprisonnent et le font passer en cour martiale. Il est accusé d'insubordination et de trahison par le gouvernement provisoire du Manitoba. Quatre membres d'un jury de six hommes le déclarent coupable, le cinquième se prononce pour l'acquittement et le sixième, pour le bannissement. Condamné à mort, Thomas Scott est exécuté le 4 mars 1870 par un peloton de six Métis. Ce n'est qu'en 1872 que le premier ministre de l'Ontario, Edward Blake, offre une récompense de 5 000 $, pour tout renseignement pouvant mener à l'arrestation de ses meurtriers. Je ne crois nullement que Boisvert ait changé de nom à ce moment-là et ce dans ces circonstance.
Une amie communique avec une archiviste du centre du patrimoine du Manitoba et vérifie si elle a un dossier sur des Boisvert ou des Monette. La réponse est négative, ce qui confirme davantage mes doutes face à cette hypothèse.
Le procès de Louis Riel a lieu en juillet 1885 à Régina et il est reconnu coupable le 31 juillet. Comment Alexandre Boisvert peut-il être aux côtés de Louis Riel en 1885 alors que Cyrille Monette est toujours à Aumond cette année-là? Cela permet de douter de l'existence d'une photo d'Alexandre Boisvert aux côtés de Louis Riel lors du procès.
On rapporte que Cyrille Monette a donné le nom de Wolseley à une rivière. Or, ce colonel Wolseley, en 1870, a mené une expédition contre les Métis de Louis Riel. Les Métis ont quitté le fort Garry afin d'éviter un conflit armé avec les hommes du colonel. Étrange de nommer une rivière en hommage à l'homme qui va combattre son ami Riel…
Les deux plus vieux enfants de Boisvert sont nés à Hull, mais on ignore où ils ont été baptisés parce que les registres de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce de Hull ont brûlé. Pourtant, en 1864 et 1867, la paroisse Notre-Dame-de-Grâce de Hull n'existe pas encore et le territoire de l'île de Hull fait partie de la paroisse Saint-François-de-Sales de Pointe-Gatineau. Certes, les registres de la période de 1870 à août 1886 ont disparu, ce qui pourrait expliquer qu'on ne trouve ni le baptême ni l'inhumation de la troisième enfant, Exilla, née en janvier et décédée en avril 1870.
Une personne mentionne qu'Alexandre Boisvert a été photographié à Hull alors qu'il est âgé de 25 ans, donc vers 1867. Une autre présente une photo non tronquée indiquant le nom du photographe, Napoléon Bélanger, de Hull. Napoléon Bélanger est né le 3 juin 1866 à Pointe-Gatineau. Il devient photographe à Hull vers 1886, ce qui signifie que la photo n'est pas celle d'Alexandre Boisvert.
Étrangement, on mentionne qu'Alexandre Boisvert entre au Petit Séminaire à l'âge de 18 ans au lieu d'indiquer l'année. Selon le recensement de 1861, Louis Riel vit au Petit Séminaire, mais on n'y trouve aucune trace de notre homme. Il est possible qu'Alexandre demeure chez un membre de sa famille, mais cela diminue ses chances de devenir un grand ami de Riel, surtout que celui-ci est de deux ans son cadet.
Les archives de Saint-Sulpice confirment qu'aucun Alexandre Boisvert n'a étudié au Petit Séminaire entre 1857 et 1865. On a trouvé un seul Boisvert, de Saint-François-du-Lac, et cet Eugène Boisvert n'y a étudié qu'un mois, de septembre à octobre 1863.
Cette découverte confirme que l'histoire d'Alexandre Boisvert est une pure fiction, peut-être créée pour cacher un secret dont la famille a honte.
Je poursuis tout de même mes recherches pour valider l'hypothèse selon laquelle Alexandre Boisvert et Cyrille Monette ne sont qu'une seule et même personne.
Lors du recensement de 1901 à Martland, en Ontario, Cyrille Monette est recenseur et il indique qu'il est né le 4 mai 1840 alors qu'Alexandre Boisvert est né le 4 mai 1842. Les deux hommes étant nés le même jour et le même mois ajoute à l'hypothèse qu'ils sont la même personne, à moins que le critère d'Odile pour choisir un conjoint soit que celui-ci soit né un 4 mai. Cette coïncidence me convainc qu'Alexandre et Cyrille sont la même personne. De plus, lorsqu'il recense ses enfants, il ne commet aucune erreur sur le jour et le mois de leur naissance et ne fait erreur sur l'année que dans les cas d'Octavie et de Victoria.
| Cyrille Monette | ||
| Alexandre Boisvert | ||
| Odile Boin dite Dufresne | ||
| Les enfants | ||
| Sarah | ||
| Albina | ||
| Edmond Régis Monette | ||
| Octavie Monette | ||
| Alfred Wilfrid | ||
| François-Xavier (Joseph) | ||
| Napoléon | ||
| Anselme | ||
| Victoria | ||
| Philias |
J'ai tout de même deux questions. Pourquoi choisir un nom rare comme Cyrille Monette? Il aurait été plus judicieux de choisir un nom comme Joseph Tremblay. Et l'autre question qui me trotte dans la tête, c'est : pourquoi avoir associé Alexandre Boisvert à Louis Riel?
Alexandre Boisvert naît le 4 mai 1842 à Saint-Bruno de Montarville et est baptisé le lendemain à Chambly. Il est le douzième des treize enfants d'Ambroise Boisvert et de Catherine Bricault dite Lamarche. Ambroise décède à l'âge de 57 ans alors qu'Alexandre a à peine 12 ans.
Le 15 septembre 1863, Alexandre, alors commis, épouse à Saint-Théodore d'Acton Odile Boin dite Dufresne, fille de Jean-Baptiste Boin dit Dufresne et de Marie-Arsène Tétreau. Au mariage, Odile est enceinte d'environ deux mois.
Alexandre et sa femme quittent le Québec et arrivent le jour de l'Action de grâce, 26 novembre 1863, à la pension de Ludger Geoffroy et d'Adéline St-François, ouverte depuis le 1er octobre à Lawrence, au Massachusetts. Odile y travaille comme servante alors qu'Alexandre coupe du bois pour M. Weiss, un agriculteur de North Andover. Le couple occupe une chambre à la pension. Israël Dufresne, frère d'Odile, vient les rejoindre. Il couche à la pension deux nuits et y prend trois ou quatre repas. Ensuite, Israël prend pension chez M. Weiss, pour qui il coupe du bois. Il vient quelquefois prendre un repas à la pension de Ludger.
Il est à noter que la guerre civile américaine, connue aussi sous le nom de guerre de Sécession, se déroule depuis 1861 et ne se terminera qu'en 1865.
John Parker, âgé d'environ 45 ans, agent-recruteur pour l'armée de l'Union à North Andover, cherche des substituts pour remplacer des Américains qui doivent aller se battre. Il incite Alexandre Boisvert, âgé de 21 ans, et Israël Dufresne, âgé de 20 ans, à s'enrôler en tant que substituts dans l'armée.
Alexandre accepte, mais après quelques jours, il change d'idée tout en promettant de trouver des Canadiens comme substituts. Le 1er décembre, il se rend au Québec chercher des hommes pour John Parker. Il parvient à recruter une vingtaine de Canadiens, mais le curé du lieu réussit à les empêcher d'aller aux États-Unis. Alexandre échoue donc dans sa tentative de recrutement au Canada. Vers le 10 décembre, Ludger accompagne Israël en tant qu'interprète chez M. Weiss, à qui Israël demande une piastre et demie afin de pouvoir s'acheter une hache.
À huit heures du matin le 19 décembre 1863, Alexandre loue un cheval et un traîneau et quitte Lawrence en direction de North Andover, accompagné de John Parker. Les deux hommes rejoignent Israël sur les terres de M. Weiss. Alexandre y tue John Parker à coups de hache. Il prend le revolver, un livre de notes et quelques papiers appartenant au défunt. Israël aide Alexandre à dissimuler le corps sous des branches de pin sur la terre de M. Weiss.
Alexandre revient avec Israël Dufresne à Lawrence vers 10 h 45. Selon des témoins, le visage d'Israël est très rouge, tandis qu'Alexandre est pâle et a la voix tremblante. Alexandre demande à sa femme de se dépêcher pour aller prendre le train. Ils quittent la pension vers 11 h 45 à destination de la gare. Après leur départ de la pension, Ludger découvre la lame d'une hache sur le lit d'Alexandre et, sous le lit, le manche.
Au début de janvier 1864, le corps de John Parker est retrouvé dans les bois, et les soupçons se portent immédiatement sur Alexandre Boisvert et Israël Dufresne. Les soupçons se confirment par le départ précipité d'Alexandre et d'Israël pour le Canada.
L'enquête du coroner indique que John Parker a une fracture des deux côtés de la tête et que des parties du crâne sont écrasées dans le cerveau. La fracture mesure douze pouces de longueur et fait le tour de la tête en passant par l'arrière. Selon le coroner, les fractures des deux côtés semblent être produites par un instrument lourd et contondant comme une hache ou un marteau. La hache trouvée dans la chambre est tachée de sang et il y a des cheveux dans l'œil de la hache.
Le jury conclut le 8 janvier 1864 que John Parker a été assassiné par préméditation par Alexandre Greenwood alias Boisvert et Israël Ash alias Dufresne, que ces deux hommes ont fui la justice vers le Bas-Canada et que la peine pour meurtre est la mort des assassins. Les autorités judiciaires de Lawrence demandent immédiatement une extradition des deux hommes pour meurtre en vertu du traité Webster-Ashburton de 1842. Ce traité comprend sept crimes passibles d'extradition. En voici la liste :
| Meurtre | Agression avec intention de commettre un meurtre |
| Piraterie | Incendie criminel |
| Vol | Contrefaçon |
| Émission de faux papiers | |
La révolte ou la mutinerie des esclaves en est exclue.
Le juge Short de Sherbrooke délivre un mandat d'arrestation à l'endroit d'Alexandre Boisvert. Le vendredi matin du 22 janvier 1864, Alexandre est arrêté pour meurtre chez son frère, Joseph, demeurant au 18 de la rue Saint-Paul à Québec. On retrouve Alexandre en possession du revolver, du livre de notes et de quelques papiers appartenant au défunt.
On emmène alors Alexandre au poste de police et l'aubergiste, Ludger Geoffroy, de Lawrence, l'identifie. Le juge Maguire de Québec donne l'ordre de conduire Alexandre à Sherbrooke afin que le juge Short enquête sur la demande d'extradition. Le jour même, Alexandre embarque dans le train à destination de Sherbrooke. Lorsque le train arrive près de Methot's Mills (maintenant Dosquet), Alexandre demande à boire de l'eau et lorsque le gardien tourne le dos, il ouvre la portière de la voiture, saute du train et disparaît dans la nature.
Israël Dufresne, accusé de complicité de meurtre par les autorités américaines, est arrêté à Upton chez un M. St-Ours et traduit le 25 janvier 1864 au palais de justice de Sherbrooke devant le juge Edward Short. Lors de son arrestation, Israël déclare qu'il était présent lorsque John Parker a été tué. Il nie avoir participé au meurtre, mais avoue qu'il a aidé à transporter le corps et à le dissimuler sous des branches de pin. Lorsqu'ils transportent Israël à la prison de Sherbrooke, ils découvrent sur lui une lettre de sa sœur Odile, qui lui dit de se sauver parce que trois Américains le recherchent.
Le 27 janvier, Israël se présente devant le juge Short, qui l'acquitte, mentionnant que l'accusation de complicité de meurtre retenue contre lui ne suffit pas pour le mettre en prison en vue de son extradition.
Le 8 février 1864, les évêques du Canada publient une lettre dans le journal L'Ordre, union catholique pour mettre la population en garde contre les embaucheurs américains. On traite ceux-ci de marchands de chair humaine, ajoutant qu'ils trompent les Canadiens par des mensonges, des promesses, de l'intimidation et même de la violence. On raconte l'histoire de deux Canadiens à qui on avait promis une prime de 750 $ et qui n'ont reçu que 75 $. Les évêques vont encore plus loin en mentionnant que tous les vices du caractère américain se révèlent dans cette guerre. Lâches, voleurs, paresseux et insolents. Il est mentionné dans cet article que Jean-Baptiste Dufresne, père d'Israël, dit ce qui suit : Boisvert résistait au nommé Parker et ne l'aurait frappé que pour échapper à la violence qui lui était faite et pour n'être pas jeté malgré lui dans l'armée américaine; il a aussi déclaré que son compagnon n'est pas coupable, que lui seul se défendit pour se sauver.
Les autorités du Massachusetts lancent un nouveau mandat d'extradition à l'endroit d'Alexandre Boisvert et d'Israël Dufresne. Israël est arrêté le dimanche 14 février à Saint-Éphrem d'Upton et transporté à Montréal cette fois-ci. Israël est accusé d'avoir été témoin du meurtre et d'avoir aidé à le dissimuler. Un nouveau procès d'extradition a lieu devant le juge Badgley. De nouveaux éléments sont apportés à la cour, mais ils ne changent rien à ce qui a été mentionné précédemment. Après de nombreuses journées, le juge Badgley rend son jugement le 26 février. Le juge mentionne que Boisvert est l'acteur principal de bout en bout, que toutes les présomptions les plus proches sont contre lui, et non contre le prisonnier, et qu'avec le témoignage légal tel qu'il est maintenant, il n'y a pas assez de preuves pour retenir le prisonnier pour le crime substantiel de meurtre énoncé dans la loi. Il est ordonné que le prisonnier soit libéré.
Après tout ce remue-ménage dans la famille Dufresne, Israël épouse, le 28 septembre 1869, à Saint-Éphrem d'Upton, Julie Dion, fille de Pierre Dion et de Sophie Brunelle.
Qu'est-ce qui arrive à Alexandre Boisvert après le 22 janvier 1864? Aucune trace de lui et de son épouse n'est trouvée, mais Odile Dufresne donne naissance à une fille, Sarah, probablement le 16 avril 1864. Elle donne naissance à une autre fille, Albina, le 11 avril 1867. Une troisième fille, Exilla, née en janvier 1870, décède en avril de la même année. Pourtant, aucun acte n'a été trouvé, que ce soit sous les noms de famille Boisvert, Monette, Dufresne ou Boin. Est-ce que le couple est protégé par le clergé? Dans les divers écrits, il est mentionné que Sarah et Albina naissent à Hull, alors que Hull n'est qu'une mission puisque le registre de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce n'ouvre pas avant 1870. Aucune trace des baptêmes non plus à Pointe-Gatineau, Ottawa, Aylmer ou Buckingham. Est-il possible que les religieux n'aient pas enregistré les actes ou encore les aient inscrits dans un autre registre?
Selon les archives des Oblats, Cyrille naît à Saint-Bruno vers 1843. Je sais que la sœur cadette d'Alexandre Boisvert naît elle aussi à Saint-Bruno-de-Montarville. Il est mentionné que Cyrille voyage pendant sa jeunesse au Canada et aux États-Unis. Il est également indiqué qu'après son mariage, il vit à Hull pendant huit ans. Enfin, on mentionne que le père Richer, économe des Oblats du Désert (Maniwaki), lui offre la direction de la scierie et du moulin à farine d'Aumond.
Mes recherches me permettent de trouver des preuves qu'il est à Hull vers 1869 sous le nom de Cyrille Monette. Il est alors fabricant d'allumettes pour la compagnie E.B. Eddy et demeure sur la rue Church (rue Saint-Jacques), entre les rues Albert (Hôtel-de-Ville) et Main (Promenade du Portage). Ensuite, je découvre selon l'annuaire Lovell's de 1871 que Cyrille est épicier à Hull. En avril 1871, il est à Aumond (situé à une douzaine de kilomètres au nord de Maniwaki) avec sa famille. Isidore Renaud, fils de Joseph Renaud et de Domitille Boisvert, neveu d'Alexandre Boisvert, vit avec eux. En plus d'être fermier, Cyrille est le meunier des pères Oblats d'Aumond. Il loue 200 arpents de terre, dont les lots 16 et 17 du rang I, qui appartiennent aux pères Oblats, et le lot 18 du même rang, qui appartient à l'évêché d'Ottawa.
Cyrille possède deux chevaux, deux bœufs, deux vaches laitières et six cochons. Il n'a pas de récolte pour l'année 1870, mais semble avoir fait un peu de trappage puisque nous le retrouvons avec une peau de castor et cinq fourrures de martres.
Le 4 septembre 1871, Cyrille est témoin au mariage de sa belle-sœur Exilda Bois (Boin) dite Dufresne avec Isidore Renaud, neveu d'Alexandre Boisvert. Cyrille devient le premier maître de poste de Rivière Joseph (Sainte-Famille d'Aumond) le 1er janvier 1875. Il conserve ce poste jusqu'en 1886.
Cyrille vend pour 1 200 piastres les lots 11 et 12 du rang I du canton d'Aumond aux Révérends Pères Oblats de l'Immaculée Conception de Marie le 11 avril 1876.
En 1877, Isidore Renaud vend le lot 13 du rang I du canton d'Aumond à Cyrille pour la somme de 30 piastres. La même journée, Isidore donne à Odile Dufresne un cheval et une jument. Six mois plus tard, Cyrille vend aux Oblats le lot qu'il a acheté de son neveu, comprenant une maison, pour la somme de 800 piastres.
Le canton d'Aumond est incorporé en municipalité en 1877 et Cyrille Monette est élu membre du premier conseil municipal. Après six mois au conseil, il remplace Jos Bertrand en tant que maire d'Aumond. Il est maire de 1878 jusqu'en 1883. Le 31 mai 1883, il est nommé juge de paix du comté d'Ottawa.
Cyrille a été secrétaire-trésorier de la municipalité scolaire d'Aumond de l'année 1881 jusqu'au 3 avril 1882. Il redevient secrétaire-trésorier le 22 novembre 1886
Le 6 mars 1884, Cyrille vend ses animaux de ferme, ses effets ainsi que le mobilier à Charles Logue. De nombreuses personnes ne souhaitent pas payer une taxe scolaire pour que les enfants fréquentent l'école. Elles sont probablement en grande majorité en mode de survie et on peut penser que c'est pour cette raison que Cyrille quitte Aumond en mars 1887, avec sa famille, pour retourner vivre à Hull comme journalier sur la rue Automn (rue Carillon). Cyrille déménage ensuite sur la rue Woburn (rue Iberville) et devient vendeur.
Cyrille ainsi que ses gendres Louis Guy et Charles Gauthier quittent la ville de Hull vers 1888 à destination de la région de Sturgeon Falls. En 1891, Cyrille est fermier dans le comté de Nipissing. Après quelques années, il va s'installer dans le canton de Martland et y exploite une ferme. En 1906, il devient maire de Martland, dont le nom est changé pour Monetville la même année.
En 1910, Cyrille, alors âgé de 68 ans, son épouse et un de ses fils quittent Monetville pour Henribourg, en Saskatchewan, à plus de 2500 km. Les premiers colons d'Henribourg sont huit Canadiens français qui arrivent en avril 1910. Cyrille devient le premier maître de poste d'Henribourg le 1er avril 1911. Il y décède le 15 mai 1912. Son épouse Odile quitte Henribourg vers 1915 et va vivre chez son fils, Joseph, à Sturgeon Falls. Elle décède le 22 avril 1925 à Timmins.
En 2020, la Société historique de Nipissing Ouest dévoile un cairn de pierre en l'honneur de Cyrille Monette, reconnu fondateur de Monetville. Voici la transcription du texte affiché sur le monument.
Ce texte explique clairement les réalisations de Cyrille à Monetville pendant environ 20 ans. Il est tout de même à noter qu'il y a des erreurs dans ce texte. La première concerne la date et le lieu de naissance d'Alexandre, puisqu'il naît le 4 mai 1842 et qu'à son baptême, à Chambly, il est mentionné que ses parents sont de la paroisse de Boucherville et non de Longueuil. Il est vrai que maintenant Boucherville fait partie du Grand-Longueuil. Erreur flagrante également, la date de décès de Cyrille, qui meurt le 15 mai 1912 selon les documents de sa succession à Henribourg et non le 18 mars 1912. Malheureusement, ce texte fait également quelques références au Petit Séminaire et à Louis Riel, qui sont de fausses informations
Des descendants d'Alexandre ont à un certain moment décidé d'inventer une histoire afin de cacher le crime qu'il a perpétré en 1863. Ils continuent à alimenter cette histoire et finissent par y croire eux-mêmes. Est-ce que ses descendants ont honte de leur ancêtre?
Ils se concentrent tellement sur leur ancêtre Cyrille Monette qu'ils ignorent leur aïeule Odile Boin dite Dufresne. Pourtant, Odile est pour moi l'héroïne de cette histoire familiale.
Odile, fille de Jean-Baptiste Boin dit Dufresne et de Marie-Arsène Tétreau, épouse, à l'âge de 18 ans et enceinte d'environ deux mois, Alexandre Boisvert. Enceinte de quatre mois, elle suit son mari à Lawrence aux États-Unis et elle travaille comme servante dans une pension. Après le meurtre perpétré par son époux, elle doit quitter rapidement la pension avec son mari et son frère. Elle assiste à l'arrestation de son mari à Québec, mais elle se préoccupe de son frère en l'avertissant qu'il est recherché.
Odile et son père Jean-Baptiste plaident probablement la cause d'Alexandre auprès des autorités ecclésiastiques de l'époque et c'est sans doute pour cette raison qu'Alexandre échappe à une autre arrestation et à l'extradition pour meurtre.
Au cours des années, Odile demeure dans l'ombre de son mari. Et pourtant, elle participe certainement au développement d'Aumond à sa façon. Elle doit être considérée comme une pionnière de Monetville au même titre que son conjoint. Puis, âgée de 66 ans, elle suit Cyrille à Henribourg pour recommencer une autre fois et participer encore au développement d'une nouvelle communauté. Cette femme donne naissance à douze enfants, dont onze atteignent l'âge adulte et se marient, offrant une grande descendance à Odile et à Cyrille.
Les descendants d'Odile doivent être fiers de cette femme qui soutient son mari, peu importe les obstacles survenus tout au cours de leur vie, et ils doivent cesser d'alimenter les faussetés qui circulent sur leurs ancêtres.
par Jean-Guy Ouimet (2024)©